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Une ristourne sur le nirvana 2 by ~Isatis:iconIsatis:



Je réalise que jusqu'ici, mon histoire ressemble à un conte de fée un peu trop utopique. Hélas, je ne peut pas enlaidir ce qui m'est arrivé dans l'espoir de paraïtre plus credible, et je suis forcé de dire que oui, l'arrivée de Pierrot changeait radicalement mon quotidien. Mais ca ne devait pas durer, sinon je peut assurer que je ne serai pas ici, en train de tout vous raconter ...
Samedi matin ; je devais le soir même étre chez mon frêre, avec Pierrot, ou une grande fête serait organisé pour le nouvel an. Rien à voir avec notre petite soirée intimiste de noël donc ... Mais j'étais pour le moment au club de tir. Nous venions tout juste de charger nos armes, et je ne pouvais decoller mes yeux des mains de Jonas. Il tremblait comme je l'avais rarement vu, sauf quand ... Anxieuse, je ne detournais pas mon attention de lui. Faisant fi des régles élémentaires de sécurité, il gardait l'index sur la gachette tout en chargeant. Il se reprit à deux fois pour ré-enclencher le chargeur dans la crosse,  et ... tira. Le coup retentit viollement, et tous les bavardages s'arrétérent, touts les regards se fixérent sur lui. Il avait visiblement agit totalement involontaire, et fixait le petit trou qu'il venait de faire dans le sol avec étonnement. Ses mains tremblait encore et, il n'otait même pas son index de la détente. Avec çà, c'était evident : il était complétement sous l'effet de la drogue. Boone arrivait pour savoir ce qu'il s'etait passé, et si il l'aprenait ... Il avait une confiance absolu en Jonas, qui avait depuis longtemps juré sur tout ce qu'il possedait qu'il ne toucherait jamais rien avant de venir sur le champ de tir. Sans une hesitation, je me dirigeais vers lui et lui otait son revolver des mains, lui atrapant le bras et l'entraînant vers les batîments.
"Ca va ! criais-je, il se sent pas bien du tout, il à la nausée ... je vais le ramener chez lui. "
Boone nous regarda d'un air soupconneux, avant d'oser les epaules et de s'en retourner à la surveillance du champ, ou les autres finissaient de charger leurs armes et s'apretait à tirer.
Jonas s'était laissé faire, docile, et me lanca un regard amorphe.
"Layla ... ? En fait, je ...
-Laisse tomber, je ne veut pas d'explications. "
Soupirais-je en rangeant mon revolver. Il se laissa tomber sur une chaise, le regard vague, un lointain sourire sur les lévres. Je n'aimais pas vraiment faire la morale, surtout à quelqu'un de 4 ans plus agé que moi, pourtant je me sentit obligé de dire :
"Tu trouve pas que t'abuse un peu, quand même ? Tu pourras te shooter autant que tu voudras ce soir, chez mon frêre ! T'étais obligé d'en prendre de bon matin, avant de venir tirer ?
-Non, non, ce soir je pourrais pas ...
-Pourquoi ?
-Parce que ce soir ... j'ai quelque chose d'important à faire. De trés important. "
Il se mit à trembler plus fort, comme si ses propres paroles le terrifiat, et il me regarda m'occuper de son arme.
"Tu la décharge ?
-Euh, oui ...
-Pas besoin. Range-là comme çà. "
J'aurai dû comprendre ce qui se préparait, à ce moment-là. Pourquoi n'ais-je pas comprit ? Plus j'y repense et plus je me dit que j'avais sciemment fait la sourde oreille à ce sinistre avertissement. Je remit son pistolet dans sa boite et la glissait dans son sac à dos que je lui tendais, impassible.
"Tiens. Prend çà et viens, je t'accompagne jusqu'a chez toi. "
Il s'executa, et je bénis le ciel que Pierrot ne m'ait pas amené au club aujourd'hui, préférant faire la grasse matinée : il m'aurait sinon bombardé de questions sur Jonas, nous aurait suivi jusqu'a chez lui, enfin bref ... aurait été particuliérement encombrant.
Jonas n'habitait à à peine plus d'un kilométre de là, alors abandonnant sa voiture qu'il pourrait venir recupérer plus tard, nous marchâmes. Côte à côte, nous ne prononcions pas un mot, et je me sentais mal à l'aise. 'Avant', quand sa voiture était tombé en panne, nous avions souvent fait ce trajet, juste nous deux, à la lumiére des astres et de la lune. La situation était maintenant différente - trés différente -, mais ...
Je ne rentrais pas chez lui, le laissant à la porte : puis, la fatigue et le malaise aidant, je n'avais plus aucune envie de retourner tirer. Je pris le premier bus en direction de l'autre coté de la ville, et rentrait chez moi.

Cette ambiance festive ... à présent, je peut dire sans hesitation qu'elle m'ecoeure. Alors je ne la depeindrais pas, et vous laisserez imaginez la petite maison de mon frêre remplie de personnes parlant et riant, et oû les bouteilles tournaient aussi vite que changeaint les discussions. Pierrot s'intégrait facilement, et au bout d'une vingtaine de minutes à peine je renoncais à garder un oeil sur lui. J'avais un étrange mal de cràne et, sans vraiment me gêner, me dirigeait vers la salle de bains et farfouillait dans l'armoire à pharmacie. La salle d'eau était directement adjacente à la chambre, et il fallait la traverser pour y entrer -ce qui n'était veritablement pas pratique. Aussi, quand j'entendit des paroles, un claquement de porte faisant taire les bavardages de touts les autres et des bruits de pas, je sus que quelqu'un était rentré dans la chambre de mon frêre. La porte de la salle de bains était presque entiérement fermé et, aprés une hesitation, je decidai de ne pas me faire remarquer ... J'entendit une voix. La voix de Claire.
"C'est le 'big boy' qui t'envoie, hein ?"
Je pouvais l'entrapercevoir qui reculait ; elle gardait la tête haute, mais ses mains tremblaient. Devans elle, une autre personne dont j'entendais le soufle lent. Elle ajouta, baissant le regard :
"Il fallait s'y attendre ... "
La réponse retentit violemment, en même temps que son interlocuteur avancait et me laissait voir le canon d'un pistolet, braqué sur elle :
"Comment tu sais çà ?"
C'était la voix de Jonas.
"C'est pas bien compliqué ... "
Elle eu un léger rire jaune puis reprit :
"J'en sais beaucoup sur lui. Beaucoup trop. Et toi ... toi tu as des dettes à lui payer. Tu est le bras idéal pour me descendre.
-Mince ... Claire je ... j'suis désolé, mais ...
- ...
- J'ai l'impression qu'il m'utilise, c'est ignoble ...
- Evidemment qu'il t'utilise.
- Dis pas çà !! "
Il respira lentement, et je pus voir sur son visage à elle un sourire. Un sourire moins sincére et plus malhonnéte que ceux qu'elle nous servait habituellement, et s'en était dérangeant de la voir comme çà.
"A ton avis, pourquoi il t'avais donné de la dope gratuitement, hein ? Par charité ?
- Je suis plus drogué depuis longtemps, c'est fini tout çà, tu sais bien que j'ai arrété quand ... avec Layla ...
- Oui, mais tes dettes sont restés gravés dans son petit ordinateur mental, et il les ressort aujourd'hui, alors qu'il à besoin de tes services. Il t'as d'ailleurs sûrement offert une dose quand il à voulu parler affaire, histoire de te remettre dans le bain, non ?
- ... comment tu sais tout çà sur lui ?
- Ca ne te regarde pas. Maintenant je n'ai qu'un conseil à te donner : barre-toi. "
Il fit de nouveau un pas en avant, collant viollement son pistolet sous le menton de Claire, et je put apercevoir son visage colérique et nerveux. Je ne l'avais jamais vu comme çà - il ressemblait à un dément ... Ses longs cheveux bruns lui tombant autour du visage lui donnait un air de voyou, et j'eus brusquement peur, car je venais de prendre conscience du fait qu'il pouvait réellement tirer ... la tuer ...
"Moi, partir ?! Pour qui me prend-tu !"
Eructa-t-il, la voix tremblante.
"Tu n'est pas capable de tirer. Tout simplement. On était plutôt potes par le passé, et je suis la fiancé d'un de tes meilleurs amis ... on à même un gosse. Tu n'est pas capable de détruire tout çà. "
Il tremblait. Son index était crispé sur la détente. Je retint mon souffle ... ces quelques secondes semblérent durer des années, avant que soudainement, il ne se laisse tomber à genoux, tête baissé.
"Je ... "
Commenca-t-il. Mais elle l'ignora. Elle sortit, se contentant de dire dans un souffle :
"Tu ferais mieux de te planquer bien vite. Maintenant, toi aussi tu est sur sa liste noir, puisque tu n'est pas capable de faire le boulot qu'il te donne. "
Elle avait doucement fermé la porte, et Jonas restait seul dans la piéce, les bras balants, le regard eteint. J'étais partagé entre de la peine pour lui, et un certain degoût ... car c'était bel et bien un perdant que j'avais face à moi, un enorme perdant qui avait aprit à braquer mais ne savait pas tirer. Le silence régna un long moment ; j'étais bien obligé d'attendre qu'il s'en aille pour sortir. Quand il le brisa, je manquait de sursauter :
"Layla ... "
Mince. Mince mince mince ... il m'avait vu ?
"Je sais que t'est là ... "
Il rit un peu et reprit.
"Oh, c'est bête hein, mais j'ai entendut un souffle ... Alors j'ai tendut l'oreille, et j'ai reconnu le tien ... "
Je ne pouvais plus vraiment lui cacher ma précense, et avec un soupir je poussais la porte de la salle de bains.
"Tu sais, Layla ... j'ai affreusement peur ... ce type, le big boy ... au debut je croyais que c'etait juste un gros lard dealer de drogue, mais ... "
Il releva la tête, me regarda, et je pus voir une chose abominable dans ses yeux ... La terreur, la veritable terreur.
"Mais c'est 100 fois pire. 100 fois pire ... "
Il répéta encore plusieurs fois ces derniers mots, et il était clair qu'il se parlait plus à lui-même qu'à moi. Je gardai le silence un instant, principalement parce que je ne savais pas quoi dire : puis je declarai, avec une assurance feinte mais credible :
"Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?"
Oui, qu'allait-il faire ?
Je ne savais pas grand-chose de ce fameux "big boy", et je m'en portais trés bien ainsi. Sa simple réputation faisait froid dans le dos ... c'était un des plus gros traficants de drogue de toute la région, qui fournissait non seulement notre grande ville mais également toutes les bourgades alentours. Si ca n'avait été que çà, pas de quoi en faire une affaire d'état : seulement, il était réputé pour ses maniéres on ne peut plus ... radicales. J'entends par là qu'on sortait trés rarement indemne (que ce soit moralement ou physiquement) d'une embrouille avec lui. De plus, cet homme avait un don incontesté pour 'donner' des choses aux gens -dope, argent- en échanges de dettes à payer un jour ... Ce jour venait fatalement, et il reportait son sale boulot sur à peu prés n'importe qui. Si toutefois cette personne manquait à sa tàche ... Ca pouvait trés mal tourner.
Jonas en avait largement conscience, ce d'ailleurs pourquoi il répondit, murmurant à peine :
"Je sais pas ... Je peut pas retourner chez moi, de toutes maniéres, c'est sûr ... Mes amis, il les connait, je serais pas en sécurité chez eux ... et ... "
Soudain, son regard s'eclaira et il dit :
"Layla ! Toi ... toi il te connait pas ! Tu te souviens quand on était ensembles, j'avais toujours tout fait pour qu'il ne soit pas au courant de ton identitée. Il sait que j'ai eu une petite amie, mais il ne sait pas qui elle est, ni ou elle habite, non, il ne sait rien ... "
Il parlait trés vite, comme si il avait peur que l'idée s'envole avant qu'il ne me l'ait expliqué. Je froncais les sourcils. Oui, c'était vrai qu'en ce temps-là, il avait eu peur pour moi, et m'avait "caché" pour me protéger, me protéger des combines foireuses du big boy ... Mais maintenant, ca me retombait dessus, puisque j'étais la porte de sortie de Jonas. Je ne répondis rien tout d'abord : je n'avais aucune envie d'accepter - et de toutes maniéres à 3 dans la maison, cela serait invivable. Mais je m'inquiétais pour lui, sans pouvoir vraiment m'en empécher. Je n'arrivais pas à trancher et finis par perdre patience, làchant :
"Tu m'enerve ... T'est un mec ou une fille ? Qu'est-ce que tu fais à genoux, reléve-toi, mince ! Tu risque quoi ? De te faire taper dessus, la belle affaire ! Comme si tu ne t'étais jamais battu !"
Je savais que mes paroles frisaient le ridicule : car contrairement à ce que j'essayais de lui faire croire, il avait raison d'avoir peur. Entre se battre et se faire battre par 3 ou 4 hommes de main, il y à une différence non negligeable. Pourtant mes paroles semblérent l'atteindre partiellement, et il eu un sourire eteint en se relevant. Il était grand -beaucoup plus que moi-, mais son air dépité et inquiet semblait le faire rapetisser d'une vingtaine de centimétres. Il soupira doucement, las, et dit :
"Ouais, tu as sans doute raison ... Je n'ai pas de quoi m'inquiéter autant ... "
Il me regarda dans les yeux et murmura :
"S'aurait été bien pire si j'avais tiré ... pas vrai ?"
Si il avait tiré .. ? Je me retins de lui dire que de toutes fàçons, je l'en savais totalement incapable ... Pour lui repondre, je dus néamoins accepter quelques secondes l'hypothese de ce 'si' ; et je declarai alors, franche :
"Oui ... c'est mieux ainsi. "
Il sourit. Je n'aimais pas ce sourire ; il ramenait avec lui trop de choses, trop de souvenirs qui n'avaient plus leur place au présent. Je me détournais. Et puis ... Encore aujourd'hui, je m'en veut terriblement d'avoir eu la faiblesse de lui dire ceci :
"C'est bon ... tu peut venir chez moi. Mais tàche que ce soit temporaire. "
Il ne m'a pas dit merci : probablement parce qu'il savait que j'aurai detesté cela.

Il y avait cette inquiétude latente, cette angoisse refoulé, oui ; mais ce n'était pas cela qui allait m'empécher de m'amuser. Alors j'ai bu, avec les amis de mon frêre qui étaient aussi les miens ; ensembles nous avons ris et blagué toute la soirée. Pierrot était de loin le plus jeune de toute la troupe, et était un peu comme un "animal mascotte" ; tout le monde s'extasiait devans ses prouesses à la guitare -car il avait, sur demande de mon frêre, amené sa douce-. Même Jonas semblait laisser son inquiétude senvoler, et quand il riait avec mon frêre, on aurait cru les revoir au lycée. Nous avons changé d'année sans nous en rendre compte, et ce n'est qu'a minuit 12 que, hilares, nous nous sommes souhaité un joyeux nouvel an. Je garde un trés bon souvenir de ce moment, et sourit en repensant à cette scéne notablement amusante ... : Pierrot, qui aux yeux de nous tous était encore un gosse, vivait joyeusement sa premiére cuite. Il riait pour un rien, et se jeta dans les bras de mon frêre :
"Nicoooo' ... épouse-moua !"
Il pouffa et répondit :
"Mh, ca risque de pas être possible ... "
Pierrot marqua un temps d'arrét, semblant cogiter trés sérieusement, avant de làcher d'un ton enjoué :
"Bon, et bien ... tu m'adopte alors ! Hein, dit ?
- Ah non, alors, j'ai déjà un fils, j'en veut pas deux !
- ... Tu préfére ton bébé à moi, hein ? Avoue !"
Il disait cela avec une moue peiné, ayant presque les larmes aux yeux ; géné, Nicolas éluda la question, lui frottant une epaule d'une main malhabile.
"Mais non, voyons, mais non ...
-Alors tu m'adopte ... ?
-Hm ... on verra çà demain, d'accord ?"
Il me lança un regard et j'eclatai de rire, tandis qu'un Pierrot reconnaissant et guilleret lui répondait un "d'accord !".

Nous rentrâmes tôt dans la matinée, dans la voiture de Jonas. Nico' avait en riant porté Pierrot endormi pour le deposer sur la banquette arriére, et je montais à l'avant. Jonas n'avait pas beaucoup bu, et on aurait presque pu le croire responsable d'avoir agi ainsi sachant qu'il devrait conduire ... mais je ne me faisais pas d'illusions, et savait que c'était simplement parce qu'il était trop préocupé pour avoir le goût de s'ennivrer. Nous roulâmes en silence, sous le jour naissant et dans la ville qui s'eveillait avec lenteur. Arrivés, nous pûmes constatés que bien que n'ayant pas bougé, Pierrot s'était reveillé, et nous regardait avec des yeux de bête curieuse. Il ne posa pas de question en voyant que Jonas garait sa voiture dans le garage -inusité depuis bien longtemps-, et rentrer avec nous à l'intérieur. Il se contenta d'aller se coucher, disant un "bonne nuit !" bon enfant.
Je soupirai, et me sortit une boisson quelquonque du frigo.
"Tu veut quelque chose ?
-Non, merci ..."
J'haussai les épaules et me servai. Jonas, préoccupé, lancait reguliérement des coups d'oeils dehors, sans dire un mot.
"Eh, calme-toi, ca m'étonnerait qu'ils t'aient pris en filature ... "
Il eu un rire nerveux, tandis que je posai mon verre dans le lavabo. Dans cette maison silencieuse, le moindre petit bruit devenait tintamarre, et c'était dérangeant. Pourquoi restions-nous là, dans la cuisine, sans parler ? Je finis par dire d'un ton lassé, passant à coté de Jonas sans le regarder :
"Tu n'as qu'a dormir sur le canapé-lit du salon. Il y a déjà une vielle couette, si tu veut je peut te donner d'autres couvertures.
- Non merci, ca ira. "
Il était inquiet, ou plutôt devrais-je dire paranoiaque, et allait rester planté là jusqu'a la semaine prochaine ? A son aise, mais moi je le laissai et partai dans ma chambre, pour me laisser choir sous les couettes et m'endormir presque instantanément.

"Layla ... tu dois te lever, sinon tu dormiras pas ce soir ...
- Rien à faire ... fout-moi la paix, Pierrot ... "
Aie ! Une masse encombrante venait de se jeter sur moi , me secouant en riant. Je me debattai, furieuse d'étre ainsi sorti des bribes du sommeil ; et puisque ce pauvre Pierrot était au final bien gringalet, je ne tardais pas à retourner la situation, l'enfouir sous mon oreiller et ma couette et m'asseoir sur lui. Il secouait les bras en tout sens, essayant de crier :
" 'é 'yaaa, 'u 'é'ouuu, é'yaaaa !"
Avec un soupir, je sautai de mon lit et le laissait à l'air libre. Il se releva, la tignasse ébourriffé et rouspétant :
"Tu m'as étouffé avec tes grosses fesses, j'ai failli mourir !
- Tu sais ce qu'elles te disent, mes grosses fesses ?!
- ... prout ?"
Le mot même le plongea dans une hilarité bruyante, et je le laissai se rouler sur mon lit à sa guise, partant me faire un chocolat au lait à la cuisine. Jonas était là, simplement et sans pudeur vétu d'un caleçon et d'une chemise boutonné de travers. Debout devans la cafetiére -qu'il avait probablement dut retrouver quelque part au fond des placards-, il finissait de se servir un café, et me voyant il me salua avec bonne humeur. Je lui répondit un vague bonjour ; je n'étais jamais trés bavarde au reveil, surtout quand un energuméne me tirait du lit alors que j'aurais pu y roupiller jusqu'au soir sans que cela pose véritablement de probléme.
Tout en faisant chauffer mon lait, je fixais pensivement Jonas qui lui regardait distraitement par la fenêtre. Combien de temps allait-il rester ici ? Le big boy risquait-il de le retrouver ? Que lui ferait-il si cela arrivait ? Toutes ces questions et bien d'autres encore tournaient dans mon esprit, et il n'était pas vraiment facile de s'en debarasser ...
La journée (enfin, ce qu'il en restait) passa tranquillement, chacun vaquant à ses propres occupations ; le seul événement notable fut la courte visite de mon frêre qui ramenait le scooter de Pierrot. Le soir, ce dernier exhiba fiérement ses talents de cuisinier pour Jonas ; puis, assis ou à moitié allongé dans le canapé-lit déplié, nous allumâmes un film qu'il avait loué quelques jours plus tôt. Il n'était pas si nul en soi ... pas trop ... mais en tout cas tellement previsible, tellement représentatif du stéréotype des films d'horreurs que ... c'en était comique. Pour moi et Jonas du moins, qui avions déjà du voir les trois quarts des films de ce genre du pays.
"Là, on va avoir droit à un enorme bruitage aigû ... "
Commencais-je.
"Et on va voir le cadavre de la vielle. "
Finis Jonas. Presque instantanément, nos predictions se révélérent juste, et nous eclatâmes de rire tandis que Pierrot sursautait, les yeux exorbités.
"C'est pas pour les enfants, ce genre de film ... "
Le raillais-je ; et aussitôt il fit une moue boudeuse, déclarant, presque vexé :
"J'ai pas peur, j'ai juste été surpris ! "
Et de me tirer puérilement la langue, comme un gosse. Je levais les yeux au ciel ; et au bout de peu de temps, moi et Jonas, lassés de ce film trainant en longueur, n'avions de cesse de rire et de parodier, sans que cela semble affecter la peur de Pierrot - et c'était bien çà le plus drôle-. Pourtant, il finit par soupirer et, boudeur, éteindre le lecteur dvd. Il làcha avec un faux détachement :
"Il est nul ce film. "
Comme un coup fatal, cette phrase m'acheva et j'éclatais de rire sans pouvoir m'arreter.
"Oh, bien joué, tu l'as tué. "
Làcha tranquillement Jonas. Ce a quoi son cadet lui répondit, haussant les épaules :
"Tu parle. Elle est increvable.
- En effet. "
Me vantais-je aprés avoir finalement arrété de rire. Pierrot se leva avec l'aparente intention d'aller chercher sa guitare, puis se ravisa et se torna vers nous deux, tout sourire :
"J'ai une idée ! Et si on partait promener ?
- Il est 10heure du soir ... "
Commencais-je à objecter avant de réaliser qu'au final ca n'avait que peu d'importance. Jonas était tout d'accord et cherchait déjà sa veste, et je finis par acquiecer également ... Ca ne pourrait qu'être amusant, non ?
Je m'habillais chaudement, superposant un pull à col roulé, un autre haut à peine moins epais et une grande veste noire. Mes deux amis n'avaient pas manqués d'en faire autant, et Jonas arborait son eternel et imense veste brune, tandis que Pierrot s'était planté un bonnet aux oreilles de chat sur la tête.
"Mais ou t'as pu acheter çà ?"
Lui demandais-je en tripotant negligeament un de ces appendices en fourrure, ce a quoi il répondit tout naturellement qu'il les avait cousus lui-même. Je finirais par ne plus m'étonner de rien, avec ce gàrçon ...

Dehors, presque plus un bruit. Le froid, la nuit, et la lueur des reverbéres : la ville était à nous. Nous marchâmes en silence pendant quelques rues ; je pouvais entendre le souffle lent de mes deux camarades, et deviner leur posture sans même les regarder. La lune était absente, nous laissant dans une obscurité presque totale, et seule j'aurai probablement eu peur. Mais là, non : ce qui était en fait stupide, car en cas de danger ce n'est pas la précense d'un petit adolescent encore tout môme ou d'un grand dadet couard qui m'aiderait ...
Brusquement, Pierrot rompit le silence, mi-riant :
"Venez !"
Il se mit à courir comme un liévre, et la premiére surprise passé je m'exclamais :
"Hé, attends idiot !"
Et commencai à le courser, suivi de prés par Jonas. L'air froid me brûlait les poumons, mais je continuais à courir, sans vraiment savoir pourquoi. Ce bougre galopait vite, et nous n'arrivions pas à le ratraper ... Rapidement, je fus complétement transporté par cette course folle et stupide au millieu de la ville. Nous nous essouflions sans relàche, foncant au millieu de la route, et ne nous souciant de rien ... Jonas cria, le souffle court :
"Tu vas voir si je t'attrape, sale gosse !"
Pierrot rit, et voulant accellerer encore chuta brutalement, s'étalant de tout son long sur le bitume. Mais au lieu de se plaindre, il ne cessait de rire comme si l'on venait de lui raconter une bonne blague ; nous le rejoinmes, un peu inquiets, mais bien vite son hilarité nous gagna. Nous l'aidâmes à se relever et, respirant difficilement, il se vanta d'étre plus rapide que nous. Blasés, l'on se contenta d'elucider ses provocations et de reprendre notre marche : lui fanfaronnait, sifflotant et faisant le malin. Mais il se tût soudainement, avant de declarer :
"... il pleut ... "
Je levais le visage, et pu en effet sentir quelques goutellettes s'ecraser sur mes joues. Je souris ; j'aimais la pluie. Nous avancâmes doucement, et je gardais la tête penché en arriére pour sentir l'eau qui tombait doucement. Pierrot monta sur un petit muret et, les bras ecartés comme un equilibriste, se mit à chantonner :
"Il pleut, il mouille, c'est un temps pour les grenouilles ...
-J'ai le ventre qui gargouille. "
Acheva ironiquement Jonas. Pierrot bougonna :
"Mais non ... t'as jamais chanté de comptines ou quoi ?"
Jonas, sourire narquois aux lévres, dit :
"Ah ca oui, j'en ai toujours chanté des comptines. Du genre ... Bali-Balo dans son berceau, bandait déjà comme un taureau ! Fils de putain lui dit sa mêre, tu bande déjà plus que ton pêre ... "
Il éclata d'un rire moqueur, et Pierrot n'insista pas, vexé. Moi, je ne dit rien ... car contrairement à lui, je savais que oui, vraiment personne n'avait jamais chanté de comptines à Jonas. Car Jonas avait passé toute son enfance dans un orphelinat, avec sur le dos la réputation d'étre un fils de prostituée ... Alors, pouvait-on sincérement lui reprocher son cynisme à cet instant ?
Aprés un instant de silence, c'est à moi que Pierrot s'adressa :
"Et toi Layla ?
- Moi quoi ?
- Tu connais quoi, comme comptine ?"
Je ne savais pas trop quoi répondre. Ma mêre était parti tres tôt, et je ne me souvenais pas du moindre air, de la moindre chanson. Mon pêre ... Comme dans un songe, les paroles me revinrent, son visage bourru et ses maniéres maladroites sur la bande vidéo :
"... Je ... te plumerais les ailes ... alouette, alouette ... Je te plumerais les ailes, alouette, je te plumerai ...
-Que de barbarie ... "
J'ignorais la remarque de Jonas, trop contente d'avoir mis par hasard la main sur ce souvenir, et continuait à chantonner. Pierrot descendit de son muret d'un bond, récitant avec moi. Il avait une voix légére et douce qui collait parfaitement à l'air, et je me souviens de m'en étre étonné.
La pluie commencait à tomber plus fort ; nos habils étaient détrempés, nos cheveux dégoulinants. Moi et Pierrot auriont vraisemblablement pu rester comme çà encore longtemps ; mais Jonas nous remis les pieds dans le rationel, déclarant d'un ton sans repliques :
"Bon les enfants, on rentre là, au cas ou vous auriez pas remarqué on est détrempés."
Pierrot hesita, mais moi j'haussais les épaules et prit le chemin du retour, aussi en fit-il autant.

Je me reveillai au millieu de la nuit, transpirante et tremblante. J'avais un mal de cràne ignoble, une sensation de mal-être épouvantable, et j'avais l'impression de mourir de chaud ... D'un coup de pied, j'envoyais au sol la couverture dont je m'étais déjà en grande partie debarassé, et roulait sur le coté, serrant les poings. Encore ... encore tout çà ... je n'aurais pas dû aller sous la pluie.
La raison de tout mon retard scolaire, elle était bien là : ma santé déplorable. J'avais été particuliérement stupide de participer à cette excursion nocturne, et déjà je le regrettais amêrement. Autant la maladie que l'angoisse me rongeait, et je me recrocrevillait sur moi-même, serrant stupidement les dents sur un bout de mon oreiller. Dans ces moments-là que je connaissais trop bien, ou n'importe quel maladie plus ou moins benigne prenait chez moi une ampleur desastreuse, je me sentais desarmée et seule, si seule ...
J'avais la bouche pâteuse, et c'est gràce à un enorme effort de volonté que je me levai. Chancelant d'abord un peu, j'atrapai au passage la boite de mouchoirs et en usait deux à la suite, les balancant dans un coin de la salle sans m'en soucier. Dans la noir de la maison, je me dirigeais à tàtons vers la cuisine. La lumiére que j'allumais m'agressa les yeux, et, fermant à demi les paupiéres, je sortit un verre du placard et le remplit d'eau du robinet. Mes mains tremblaient ; je n'eteignis même pas le courant d'eau à temps, le liquide déborda et me coula sur les doigts. J'aprochais avec avidité le verre de mes lévres, renversant de l'eau un peu partout ... je n'eut même pas le temps de l'efleurer qu'il s'echappa de mes mains malhabiles et chuta au sol, se fracassant dans un grand bruit. Le verre me coupa les pieds, et je me crispait sous la douleur.
La tête me tournait, et je m'appuyais contre le lavabo. Que tout s'arréte, faites que tout s'arréte ... Je n'en pouvais plus, et la seule chose que j'avais envie de faire était de me laisser tomber et de me coucher là, à même le sol ...
"Layla !"
J'ouvrais grand les yeux à l'appel, et me retournait, pour voir Jonas venir vers moi à grands pas.
"J'ai entendu du bruit, et ... "
Son regard se posa rapidement sur les débris du verre et mon pied blessé, mais il le reporta bien vite sur mon visage, et inquiet, me posa une main sur le front. Je n'avais ni la force ni l'envie de jouer les fiers, et je restais silencieuse tandis qu'il murmurait :
"Et merde ... t'est encore malade ... putain de merde, je savais qu'on aurait pas dû ... "
Il se mordit la lévre et s'interompit, me passant un bras autour des épaules et m'entraînant hors de la cuisine, évitant soigneusement les debris de verre.
"Viens, t'inquiéte pas, tu va te mettre au lit, moi je t'apporte ce qu'il faut, d'accord ... ? "
Je hochais la tête sans prononcer un mot, l'esprit embrumé. Je me laissais choir sur mon matelas, et, fermant les yeux, écoutait en silence les bruits que Jonas faisait de la cuisine. Il revint vite, me donnant un verre d'eau que je but à petites gorgées. J'avais l'impression que les actions se passaient au ralenti, comme un vieux film ; et c'est presque sans le comprendre que je pris les medicaments qu'il me donnait et les avalait d'une traite, avant de m'abandonner sur le lit.

Je garde un souvenir trés flou de cette nuit, terrible et pourtant similaires à d'autres ... Peut-étre croyez-vous que j'exagére les faits quand je m'y décris, mais je peut jurer qu'il n'en est rien. Mes défenses imunitaires sont, d'aprés le médecin, gravement endommagés. Une pneumonie ou une maladie du même acabit m'enverra systematiquement à l'hopitâl, et un sale rhume ou une bronchite, bien que ne durant pas plus de quelques jours, me mettra dans l'état déplorable que j'ai depeint plus haut.
Je me souviens juste de cela, et en parler me fait honte : Jonas est resté à mon chevet, tout le long. Autrefois aussi il était comme çà, terriblement inquiet, et pouvait rester plusieurs jours entiers à me veiller sans relàche. Il me tendait sa main grande et réche, et j'y glissais mes doigts moites de sueur et tremblant ... Ce jour-ci mes doigts se refermaient sur du vide, mais je pouvais sentir sa précense, et dans ma semi-conscience j'avais du mal à definir clairement si il était là ou pas.
Heuresement, je me rétablis vite ; et le lendemain vers midi, quoique toujours malade, je l'étais comme tout un chacun peut l'étre, au lieu de me rouler de douleur dans mon lit ... Je pouvais donc considerer que j'allais trés bien.

La maladie passa, tout comme les jours. Jonas devait bientôt reprendre le travail, nous l'école ; nous n'avions pas eu affaire à un seul messager ou homme de main du big boy ; nous étions déjà allé deux fois touts les trois au champ de tir, et j'avoue que c'était vraiment plaisant de ne pas y aller seule ; ... Tout allait bien.
Et puis, ce jour-là ... J'étais sorti acheter quelques bricoles, qui n'étaient qu'escuses pour que je puisse aller marcher un peu. Quand je revins devans la maison, je sifflotais, toute gaie, et j'aurais presque sautillé de marche en marche en me dirigeant vers la porte. Sur cette derniére ... un papier, un mot écrit à la va-vite était scotchté. Je le pris ... mon sang se glaca tandis que je lisais :
"Layla, je suis désolé, Layla. C'est ma faute. Il était venu pour moi. Je n'aurais jamais dû me refugier chez toi. Je suis désolé, si désolé, si désolé, Layla. Ne t'inquiéte pas Layla, je ne me montrerais plus jamais devans toi, tu ne me verras plus. Pardonne-moi. Pardonne-moi.
Jonas. "
Le tout écrit avec empressement, de fàrçon brouillone, raturé. De quoi parlait-il, bon dieu de merde ... ? Je ne savais pas exactement, mais c'était cela qui rendait ce mot terrifiant. Je m'en saisi d'un coup sec, le fourrant dans ma poche, et ouvrit la porte.

Au millieu du couloir, était étalé le cadavre de Pierrot. Ses yeux étaient vides, et ses doux cheveux blonds tout tachés de rouge vermeil.
©2006-2010 ~Isatis
:iconisatis:

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2° chapitre de l'histoire =)

Oû l'affaire est sensé se déculcullapranisé un peu,
Oû Jonas passe du banc des figurants à l'avant-scéne,
Oû y'a le méchant (XD),
Oû les lecteurs me jettent au lion quand ils ont finis,
Oû je présente n'importe comment parce que ca m'amuse O_o

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November 5, 2006
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